Retour d’expérience d’une start-up avortée

Geek and Poke

J’ai eu le plaisir de recueillir le témoignage de Martin Kirchgessner, créateur d’une start-up dans le domaine de la 3D interactive. Il revient sur cette création et les raisons de l’arrêt de cette aventure.

 

Bastien Siebman : Peux-tu nous parler un peu de l’histoire de ta société, Orego ?

Martin Kirchgessner : En école d’ingénieurs j’ai choisi en deuxième année le cours de création d’entreprise, qui consiste à travailler pendant un an sur le projet d’entreprise de notre choix; nous devions en faire le business plan. Un pote dans mon équipe propose d’étudier les possibilités de la 3D sur Internet : pas seulement de l’image de synthèse mais plutôt une 3D interactive, avec laquelle l’internaute peut jouer.

Le projet nous plaisait beaucoup. On l’a en fait peu préparé dans le cadre scolaire, mais sur le plan technique c’était à portée de main grâce à des moteurs open source existants. Etant en plus très motivés à l’idée d’avoir notre propre entreprise nous nous sommes vites lancés. En créant l’entreprise nous savions qu’il fallait encore vraiment affiner l’offre, mais le but de cette SARL au capital de 500€ était surtout de donner un appui institutionnel au projet. La société a été créée en novembre 2007 et l’équipe de départ comptait 4 ingénieurs (copains de promo) et un infographiste.

Tout en explorant les possibilités sur le marché de la 3D nous passions des contrats alimentaires : des contrats de services exploitant ce que l’on savait déjà faire pour des entreprises que l’on pouvait atteindre tout de suite. Nous avons donc toujours généré un petit chiffre d’affaires, qui avait le mérite de nous faire vivre et le défaut de nous prendre du temps.

Au printemps 2010 le chiffre d’affaires ne décollait pas et provenait d’activités qui n’avaient pas grand chose à voir avec la 3D (des sites et applications Web). Les possibilités qui s’offraient à nous n’étaient pas sûres, décalées de l’idée de départ, en plus l’équipe était fatiguée et commençait à diverger sur la vision de la suite. Nous avons déposé le bilan en juillet 2010.

 

BS : Par qui avez-vous été accompagnés pour votre lancement ?

MK : Par GRAIN et Pétale.

 

BS : Quelles différences avez-vous noté entre votre business plan et la réalité ?

MK : On n’avait pas vraiment de business plan au départ…

Début 2010, après une longue période passée à ouvrir des pistes commerciales entre quelques projets de sites Internet traditionnels, le reste de l’équipe m’a confié la remise à plat du business plan. Ce qui aurait du être une relance a été pour moi le début de la fin, car en y travaillant j’ai réalisé qu’il manquait des choses importantes :
– sur le plan technologique on était soit dépendant de produits open source qui ne nous appartenaient pas, soit pas franchement innovants, en plus la 3D sur Internet est un vrai champ de mines (entre standards à l’adoption aléatoire et poids lourds aux stratégies très, très évolutives).
– sur le plan commercial l’équipe de départ ne faisait pas le poids. L’option qui nous restait consistait à reposer sur d’autres entreprises déjà installées sur les marchés que nous voulions attaquer, mais c’est un choix hyper engageant pour la suite !

Je n’avais plus l’impression d’avoir sous les yeux un plan de start-up mais plutôt d’une PME de R&D qui avait encore ses preuves à faire. Après deux ans et demi passés à temps plein dessus, ce genre de revirements de projet a de quoi vous décourager.

 

BS : Penses-tu que vous étiez prêts pour vous lancer ? Qu’est-ce qui vous a manqué ?

MK : On n’était pas prêt pour se lancer, mais on le savait dès le départ !

Ce qui manquait, c’était une offre claire. On avait une compétence forte : créer des applications 3D interactives faciles à intégrer dans un site Web. Mais la 3D interactive permet de simuler la visite ou la manipulation de tout et n’importe et quoi, c’est trop vaste pour qu’un prospect y comprenne quelque chose.

Il nous fallait donc trouver les domaines (de préférence pré-existants sur le réseau) dans lesquels un passage à la 3D apporterait le plus de valeur ajoutée. On envisageait par exemple l’e-learning, mais cela supposait des compétences métier que nous n’avions pas. Il était possible de faire des partenariats, mais alors qu’on reposait déjà sur un moteur 3D dont on n’avait pas la propriété intellectuelle, cela faisait trop d’éléments clés externalisés à mon goût.

Le problème est qu’on a pas su se dépêtrer des contrats alimentaires : au lieu de nous donner une assise économique pour se lancer ils nous ont pris du temps, voire détournés de l’idée initiale.

 

BS : Si c’était à refaire, que changerais-tu ?

MK : J’inverserais les étapes, pour en quelque sorte créer la demande avant l’offre.

 

BS : Si tu avais un seul conseil à donner à un futur entrepreneur ce serait quoi ?

MK : Au lancement, soyez concentrés uniquement sur la vente de ce que vous voulez être le coeur de votre entreprise. Cette concentration est aussi importante que difficile ! Si vous n’y arrivez pas, passez à autre chose.

 

BS : Quel sentiment retires-tu de cette aventure ? Déception, frustration, résignation, envie d’en découdre à nouveau ?

MK : L’aventure m’a bien plu, j’ai appris un tas de choses donc je ne regrette pas du tout.

Par contre j’ai vraiment déchanté à propos du milieu entrepreneurial, qui me paraît rempli de gens comme moi à l’époque, c’est-à-dire qui créent de l’offre plutôt que de répondre à la demande. Situation bien illustrée par « Geek and Poke » ci-dessus ou encore cet article de Robert Scoble « Why I’m treating startups more critically lately ».

Je crois maintenant qu’entrepreneur n’est pas un métier, mais une compétence … dont on a besoin le jour où on veut renouveler par soi-même son métier.

 

BS : Quelle est la suite pour toi ?

MK : Creuser mon propre métier. Un beau jour je ne serais pas surpris de me retrouver entrepreneur à nouveau.

 

Merci Martin et à très bientôt pour un article sur le lancement de ta prochaine start-up !

2 réponses à “Retour d’expérience d’une start-up avortée”

  1. Maxime dit :

    Ouf ! Tu m’as fait peur là avec ce titre !

  2. Siebmanb dit :

    Héhé j’aurais pas formulé comme ça 🙂

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