Mes 8 prises de conscience sur la création d’entreprise

Mes 8 prises de conscience sur la création d’entreprise

Pendant longtemps j’ai parlé d’entrepreneuriat sur ce blog sans vraiment avoir d’expérience dans le domaine. Voilà maintenant presque 8 mois que je travaille sur ButterflyEffect à temps plein (déjà ?) et j’ai été confronté à pas mal de problématique propres à la création d’entreprise. Même si j’ai encore énormément à apprendre, je peux déjà valider ou contredire des idées reçues que j’avais sur l’entrepreneuriat en général.

 

1. Il faut se faire accompagner. Mais pas trop.

Il me paraît très difficile de s’en sortir seul, et les réseaux d’accompagnement apportent une vraie valeur ajoutée à la création. Les statistiques sont d’ailleurs là pour le montrer, avec des chances de réussir décuplées pour les porteurs de projet accompagnés. Il ne faut cependant pas tomber dans l’excès, et privilégier seulement quelques interlocuteurs. A trop être accompagné, le temps nécessaire devient important et les conseils contradictoires se multiplient, rendant difficile la prise de décision.

 

2. Il faut parler aux clients et utilisateurs. Dès le début.

Lorsque j’entendais parler de porteurs de projet qui voulaient garder leur idée secrète, ne rien révéler à personne, faire signer des accords de confidentialité à tout bout de champ, je ne comprenais pas vraiment cette démarche. Maintenant, je la comprends très bien et je sais que c’est souvent une mauvaise solution. Il faut confronter son idée aux clients, aux partenaires, aux utilisateurs. Il faut être extrêmement talentueux et visionnaire pour avoir du premier coup l’idée qui marchera, sans avoir besoin des avis du marché.

 

3. Tout prend plus de temps que prévu. Beaucoup plus.

Lorsque vous faites vos prévisions, vous ne vous rendez pas compte que vous allez bloquer des heures sur un mini-bug, que les personnes qui ont promis de rappeler ne le font pas, qu’Apple ne va pas valider notre application du premier coup, que les tests prennent 10 fois plus de temps que prévu… Les conséquences au niveau financier : il faut se lancer en ayant au moins 12 à 18 mois de fonds personnels pour tenir avant les premiers salaires qui tardent à arriver.

 

4. Il n’est pas simple de financer une création. Pas du tout.

Beaucoup de personnes vous diront qu’il est très simple de financer une société en amorçage, qu’il y a pleins de Business Angels prêts à investir sur des projets innovants, que l’Etat propose de nombreuses aides aux créateurs, que le Pôle Emploi financera vos débuts. Mais voilà ce que l’on ne vous dit pas : un capital de départ de quelques milliers d’euros ne mènera nul part, le Pôle Emploi ne donne rien aux jeunes diplômés, les Business Angels n’investissent qu’après les banques, et votre projet est peut-être innovant mais ne constitue pas une « innovation technologique » donc vous ferme les portes des principales aides de l’Etat.

 

5. Je suis responsable. De tout.

Il n’est plus question de se cacher derrière son supérieur, les bugs des technologies ou les erreurs de vos collègues. Il n’est plus question de viser un 10/20 pour « juste passer ». Vous êtes responsable de toutes les décisions, de tous les échecs, et il faut viser un 22/20 pour espérer survivre. Et si en plus vous serez PDG comme moi, c’est vous qui irez en prison ou rembourserez les dettes si ça se passe mal !

 

6. Je passe mon temps à prendre des décisions. Et à me planter.

Je n’ai jamais eu besoin de prendre autant de décisions. Il y a les décisions simples : la couleur d’un titre, la formulation d’un email, l’écriture d’un article. Et il y a les décisions majeures liées à la stratégie, aux partenariats, à la communication, aux achats… Cette nécessité permanente de prendre des décisions a eu sur moi un effet radical : je ne supporte plus les personnes passant dix minutes à choisir un plat au restaurant, à décider des vêtements à porter ou à hésiter face à un problème simple. J’essaye d’appliquer dans ma vie quotidienne un processus de décision appliqué au travail : à chaque problème, il faut décider vite ou identifier ce qu’il manque pour décider et reporter la décision si possible.

Concernant l’erreur, j’ai passé avec mes associés les six derniers mois à décider de nos produits et de leurs tarifs. Et toutes les deux semaines, un nouvel acteur apportait une information qui remettait en cause la décision. Il fallait à nouveau prendre une décision. La philosophie maintenant est donc de se décider, tout en sachant qu’il faudra peut-être revoir la décision aux vues de nouveaux éléments.

 

7. Je pense au boulot constamment. Pas de coupure.

Je ne sais pas si c’est le cas de tout le monde mais mon cerveau carbure en permanence et je dois souvent me relever la nuit pour prendre des notes. Pour moi une pause c’est simplement ne pas avoir l’ordinateur devant les yeux, mais certainement pas arrêter de penser au travail. Ce n’est juste pas possible.

 

8. J’oscille entre confiance et doute. Surtout doute.

Un jour vous rencontrez quelqu’un qui vous démontre par A+B que vous allez changer le monde et que vous allez forcément réussir. Et le lendemain, quelqu’un d’autre vous raconte comment il a essayé de faire comme vous et s’est planté. Et comment il est sûr que vous vous planterez aussi. Vous oscillez donc entre sentiment d’invincibilité, et envie de tout arrêter et trouver un travail comme tout le monde. La seule méthode : apprécier les moments où la confiance est là, en profiter pour travailler beaucoup (trop), et ne pas prêter trop attention aux moments de doute.

 

Pour conclure, l’entrepreneuriat c’est pour moi 10 fois plus enrichissant que prévu, mais aussi 10 fois plus difficile… On se retrouve dans 8 mois pour faire à nouveau le point !

6 réponses à “Mes 8 prises de conscience sur la création d’entreprise”

  1. J.Juraver dit :

    J’ai bien aimé le chapitre de la prise de décision rapide et sensée… Ca m’a fait penser au cadavre exquis des entrepreneurs : un tweet, un contact, un site, des auteurs. 3 semaines.

  2. Joan dit :

    Bastien, comme je te dis toujours, simplement chapeau pour tout votre travail dont je suis très admiratif…

    Franchement il y a des personnes qui ont ce talent pour entreprendre et aussi pour mener au but et rendre réel ce qu’ils ont conçu dans leur esprit; et bien sur t’es un de ces gens. Courage pour la suite.

  3. André dit :

    Je trouve dommage que l’on restreigne souvent l’acceptation de l’innovation à « l’innovation technologique ». Certes c’est un point majeur, mais l’OCDE ne le fait pas dans sa définition officielle, et j’ai beau chercher, il ne me semble pas que Facebook ait inventé le PHP.
    A trop vouloir filtrer sur des critères d’arrière-garde, il me semble qu’on se tire une balle dans le pied.
    (Bel article, keep up the good work bro 🙂 )

  4. Siebmanb dit :

    @Jerem : en effet c’est un beau projet le cadexquis. En espérant qu’il reprendra un jour 😉

    @Joan : merci tu me flâte ! Je fais ce que je peux avec ce que j’ai. Malheureusement il ne suffit pas d’entreprendre : il faut que les projets permettent de dégager un minimum de chiffre d’affaire. C’est là le grand défi.

    @André : je suis tellement d’accord ! ButterflyEffect par exemple innove clairement dans les usages, mais comme on ne peut pas déposer de brevet, on est pas « innovant ». Alors qu’une tripoté de chercheurs de Grenoble ont des financements pour des projets qui n’ont pas forcément de marché :'(

  5. Louis dit :

    Je suis pas vraiment d’accord avec André, parce que je ne pense pas que facebook ait vraiment été une innovation.

    Pour autant, je pense que ton projet a un réel intérêt (voyant la montée des plateformes comme flattr et kickstarter).

    Surtout, garde courage !

  6. Siebmanb dit :

    Merci Louis, on va essayer de faire mieux que Facebook alors 🙂

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