Rencontrer les concurrents : mais pourquoi ?!

Rencontrer les concurrents : mais pourquoi ?! Bastien Siebman

La démarche est assez contre-intuitive pour la plupart des personnes. «Pourquoi rencontrer la concurrence ? Ils vont essayer de me soutirer des informations ! Et de leur côté ils ne vont rien révéler, c’est une perte de temps !».

Contrairement à ces idées reçues, rencontrer la concurrence est souvent riche d’enseignements et ne s’apparente pas toujours à un « David vs Goliath ». Chez ButterflyEffect, dès le départ nous avons fait le choix 1) de ne pas cacher ce que l’on faisait (car c’est contre-productif dans la plupart des cas) et 2) de rencontrer les concurrents dès qu’on en avait l’occasion. Nous avons ainsi vu un concurrent direct français, un concurrent direct suisse, et plusieurs concurrents indirects français. A chaque fois, nous ne l’avons pas regretté. Voici des retours d’expérience basés sur ces quelques rencontres.

 

Pourquoi se rencontrer ?

La première des raisons est relationnelle : si votre concurrent et vous-même perdurez dans le business, vous allez vous croiser à de multiples reprises sur des salons, des forums, des conférences. Bien souvent, vous serez même invités à présenter vos activités avant ou après votre concurrent. Une relation polie et courtoise se doit donc d’être entretenue.

D’autre part, un concurrent peut demain devenir votre client ou inversement à la faveur d’un pivot (changement d’orientation du business).

Enfin, vous pourriez être étonné de l’honnêteté et de la transparence dont votre interlocuteur peut faire preuve. A l’occasion de certains entretiens nous avons appris des choses capitales pour notre travail, et récupéré des contacts importants. Comme dans toute relation, le «donnant-donnant» fonctionne et il faut aussi accepter d’aider un concurrent (dans une certaine mesure) lorsqu’il en a besoin.

 

Avant la rencontre

Toute l’équipe doit se réunir et décider :

  • des objectifs du rendez-vous : que veut-on apprendre ou confirmer ?
  • de la position à adopter : quelle image veut-on donner à notre interlocuteur ?
  • des points à éviter : qu’est-ce qu’il ne faut pas révéler ?

Il faut également se renseigner sur le concurrent, de manière à poser les questions les plus pertinentes possibles.

 

Pendant la rencontre

L’ambiance est toujours un peu spéciale au début, mais se détend généralement après quelques minutes. C’est alors l’occasion de poser toutes les questions initialement prévues, sans tabou. Au pire, la personne ne répondra pas mais si on ne demande pas on n’obtiendra pas la réponse ! De votre côté, c’est aussi le moment de répondre aux questions posées, pour peu qu’il s’intéresse à vous ! Car certains concurrents abordent le rendez-vous comme un «expert que vous avez demandé à rencontrer et qui a daigné répondre» et non comme un rendez-vous «d’égal à égal».

 

Après la rencontre

Le debriefing d’après-rendez-vous est très important. Si plusieurs membres de l’équipe étaient présents, c’est le moment de comparer les ressentis. Les interlocuteurs étaient-ils honnêtes ? Ont-ils menti ? Ont-ils essayé de paraître plus gros qu’ils ne sont, ou plus petits ?

Ensuite, un rapport écrit factuel, suivi d’une conclusion plus subjective, permet aux membres de l’équipe non-présents de se faire leur propre idée. Souvent, ils auront un recul et un détachement à la lecture des faits qui manquent à celui ayant vécu le face à face.

 

Avez-vous déjà rencontré un concurrent ? Avez-vous des retours d’expériences à partager ?

Co-auteur de « 101 questions sur Twitter »

Bastien Siebman 101 questions sur Twitter

Après avoir rédigé quelques livres personnels jamais publiés (à partir de deux on peut dire «quelques» !), j’ai finalement eu la chance de participer à la rédaction d’un véritable ouvrage.

Grâce à Jean-Noël Chaintreuil, je fais partie des 64 auteurs qui ont collaboré au livre «101 questions sur Twitter» aux éditions Diateino. J’y réponds à une question sur le monde associatif et son utilisation de Twitter (Question n°94 «Comment les associations humanitaires utilisent-elles Twitter ?»). C’est pour moi l’occasion de donner de la visibilité à mon projet ButterflyEffect mais aussi à faire un premier pas (modeste) dans le monde de l’édition !

Je vous invite à découvrir ce livre très instructif qui est adapté aux débutants comme aux confirmés.

J’aime gérer mes e-mails !

Je vois régulièrement sur internet des articles sur « comment bien gérer ses-emails? », « comment survivre aux e-mails? » etc. La plupart de ces articles se focalisent non pas sur l’organisation des boîtes mails, mais plutôt sur la fréquence de consultation. Ainsi, il est conseillé de consulter ses messages quelques fois par jour, et non constamment car la perte de temps est énorme.

J’ai voulu à mon tour partager ma méthode de gestion des e-mails, qui avec le recul me paraît efficace. Ce qu’il faut savoir, c’est que j’ai cette particularité d’adorer les e-mails 😎 . Pour moi, chaque e-mail reçu est potentiellement une bonne nouvelle. Mais je sais que pour beaucoup de personnes, notamment ceux qui en reçoivent plusieurs dizaines par jour, et souvent des déplaisants, l’e-mail est un ennemi.

 

Organiser en projets

Bastien SiebmanMa boîte de réception est organisée en projets (voir ci-contre). Pour chaque projet, il y a 4 niveaux :

– le dossier racine (ici « ButterflyEffect ») contient tous les e-mails du projet ayant été traités. Il contient 3 autres dossiers :

A traiter : contient tous les e-mails contenant des tâches à traiter, ou demandant des réponses,
En attente : contient tous les e-mails / discussions dont j’attend une réponse,
Veille : contient tous les e-mails non-importants qui peuvent attendre.

 

Utiliser les règles automatiques

Bastien Siebman email

Cet outil puissant, généralement intégré à votre client mail (Outlook, Mac OS Mail) permet de déplacer automatiquement vos e-mails suivant un certain nombre de critères. Dans mon cas, voilà ce que ça donne :

– tous les e-mails à destination de mon adresse bs@butterflyeffect.fr vont automatiquement dans le dossier A Traiter
–  parmi ces e-mails, ceux dont je suis en copie (CC) se déplacent également mais sont marqués comme lu automatiquement
– toutes les alertes de réseaux sociaux, newsletters… sont marqués comme lus et vont dans le dossier Veille

 
Traiter et déplacer

Du coup le traitement des e-mails se fait assez naturellement. Je traite en premier le dossier A traiter, puis lorsqu’il est vide (ou de temps en temps) le dossier Veille. Dès que je réponds à/envois un e-mail et que j’attends une réponse, je déplace le message envoyé dans le dossier En Attente. Régulièrement, je fais le tri dans ce dossier En Attente, et relance ceux qui doivent l’être.

 

Masquer les alertes

Bastien Siebman emailLe but principal est de traiter au plus vite les e-mails, sans se laisser distraire par les détails. C’est pour cela que certains messages sont marqués comme lus, car ils ne demandent pas d’attention immédiate. De même, je vous conseille de supprimer l’alerte automatique de réception d’e-mail et si vous l’avez le petit numéro rouge sur l’application qui indique le nombre de messages non-lus. Préférez une visite régulière à votre boîte de réception plutôt que des alertes constantes.

 

Que pensez-vous de cette méthode ? Avez-vous des améliorations à apporter ?

Vous n’avez toujours pas fini ?!

Bastien Siebman Vous n'avez toujours pas fini

 

«Vous n’avez toujours pas fini ?!». C’est une phrase que j’entends souvent de la part de mes proches. Pour eux, ButterflyEffect ne développe «qu’une application mobile», ce qui ne doit pas prendre tant de temps que ça après tout ! Comme dirait mon frère «après tout n’importe quel gamin peut développer une application».

D’une part notre travail ne se limite pas au développement d’une simple application. D’autre part, le monde du business et ses acteurs ne sont pas connus pour être particulièrement réactifs. Petit tour d’horizon des tâches les plus chronophages.

 

Apple et sa rigueur

Le processus d’ajout d’une application sur l’Apple Store est souvent méconnu. Contrairement à son concurrent Android, où il suffit de proposer une application pour qu’elle soit disponible au téléchargement immédiatement, Apple étudie et valide chaque application individuellement. Selon Apple, 99% des applications sont validées dans les 5 «business-days». Dans la pratique ? Comptez 7 jours (le week-end n’étant pas un «business day») et surtout ne comptez pas sur Apple pour être en avance : ils valideront l’application à la dernière seconde du 7ième jour !

Si jamais Apple n’est pas satisfait de l’application (bug, non-respect du règlement…), le comité d’examen refuse l’application. Deux choix  s’offrent alors à vous : re-soumettre une nouvelle version (encore 7 jours d’attente) ou engager une discussion avec ledit comité. S’il reconnaît son erreur, ou que vous pouvez corriger le bug à distance, vous repartez pour 2 à 3 jours avant un nouvel examen. A noter qu’Apple refuse très souvent des applications pour des raisons non-valables, simplement parce qu’ils ont testé à la va-vite : soit ils ne sont pas allés jusqu’au bout du test, soit parce que le testeur est non-francophone et ne comprend donc pas les messages dans l’application ! Dans notre cas, Apple demande qu’un don ait lieu en dehors de l’application. Nous avons donc un beau message au moment du don «Attention vous allez sortir de l’application…». Le testeur ne comprenant pas le message en français, il pense que le don est sur le point d’être validé, et refuse donc au motif que l’on ne respecte pas les consignes. Restons calmes 🙂

 

Pas de mise à jour à distance

En choisissant de développer des applications mobiles, nous n’avons pas fait le choix le plus simple : contrairement à un site internet, une application mobile ne se met (généralement) pas à jour à distance. Il n’est donc pas question de publier une application avec un bug, sans quoi il faudrait rapidement refaire tout le processus, avec notamment les 7 jours de validation d’Apple…

Une application doit donc être testée dans tous les sens, avant chaque soumission. Ce qui veut dire tester tous les écrans, suivant tous les scénarios possibles (par exemple «utilisateur connecté», «utilisateur non-connecté») et sur divers téléphones.

 

L’application n’est que la partie visible de l’iceberg

Une application mobile est généralement couplée à toute une partie serveur (dans le «cloud»), ce qui la rend vivante. Le serveur stocke les données, les envoie à l’application, obéit aux ordres de l’application, génère des PDFs, envoie des e-mails… Le temps nécessaire au développement de l’application en elle-même représente ainsi à peine la moitié du travail de développement global.

 

Je relance, ou je ne relance pas ?

Les e-mails sont un outil incontournables dans notre travail. A ce jour j’ai reçu plus de 4000 mails concernant le projet, qu’il faut analyser, trier et auxquels il faut répondre. Mais ce qui fait perdre le plus de temps est l’absence de réponse d’un partenaire ou d’un client. Lorsque vous avez envoyé une proposition commerciale, et que vous n’avez pas de réponse depuis une semaine, faut-il le relancer ? Faut-il encore attendre ? Après la seconde relance combien de temps faut-il encore attendre ? Ces décisions ne sont pas simples, surtout quand certains vous disent après deux mois qu’ils n’ont reçu aucun mail car tout allait dans les courriers indésirables !

 

Les concours, le casino de l’entrepreneuriat

Depuis le début du projet, nous avons participé à 15 concours différents. Pour chacun d’eux, c’est généralement un dossier de 10 pages à remplir, dont les questions sont rarement similaires. Notre projet évoluant avec le temps, il faut généralement tout reprendre à zéro dans la rédaction des dossiers. Près de la moitié des concours ont nécessité un déplacement et une présentation sur place. Mais nous avons de la chance : dans 50% des cas nous avons atteint le podium. Pour chaque concours, il faut mettre en regard les heures de préparation avec le gain potentiel.

 

Un blog et une newsletter, seul contact avec l’extérieur

Le blog du projet et la newsletter associée sont les seuls contacts que nous avons avec l’extérieur, et qui nous permettent de communiquer avec nos partenaires, nos clients et nos proches. 26 articles et 2 newsletters plus tard, le temps passé n’est pas négligeable. Ce travail de communication inclut également la réalisation du site internet, et sa refonte régulière.

 

Retournez à la case départ, ne touchez pas 20.000 francs

Le «retour à la case départ», c’est cette décision prise en équipe qui vous fait jeter aux oubliettes pas mal d’heures de travail. Ce n’est jamais un problème, car c’est toujours dans un souci d’amélioration et de perfectionnement. Quelques exemples de «retour à la case départ» :

  • nous avions initialement développé un «simulateur» permettant de montrer une version de l’application sur un site-web. Après quelques semaines de développement, le projet a été abandonné au profit d’une alternative plus performante.
  • nous avions commencé à former les associations à paramétrer les systèmes de paiements et à négocier avec leur banquier pour profiter des meilleurs tarifs de collecte. Après plusieurs mois sans résultats concluants, retour à la réalité : il faut qu’une seule entité collecte les dons, et non chaque association individuellement.

 

 

J’espère que cette liste non-exhaustive permettra de mieux se rendre compte des différentes tâches très chronophages qui font que non «nous n’avons toujours pas fini». En réalité, nous n’aurons jamais fini. Mais chut! ça il ne faut pas le dire !

Et vous, connaissez-vous d’autres tâches chronophages que j’ai pu oublier ?

Intervention au forum « Imagine Ton Avenir » à l’Ensimag

Bastien Siebman au forum Imagine Ton Avenir EnsimagJ’ai eu la chance de participer au forum «Imagine Ton Avenir» à l’Ensimag, en tant qu’intervenant à deux tables rondes sur le sujet de l’entrepreneuriat. Vous allez me dire « mais tu n’es pas très légitime pour faire ça». Je vais répondre que vous avez raison, mais que les participants étaient des étudiants issus de l’école que j’avais quitté quelques mois plus tôt, et que c’était l’occasion pour eux d’avoir des retours à chaud sur la création d’entreprise d’un ancien élève. Je n’ai bien sûr pas suffisamment de recul encore, et avoir d’autres intervenants auraient été intéressant mais il n’y avait que moi suite aux annulations de dernière minute.

Je tiens à remercier tous les étudiants (60 environ) qui ont beaucoup participé et posé des questions très pertinentes. Quelques exemples de questions, avec un résumé de réponse que j’ai essayé d’apporter :

 

Que se passe-t-il si dans un an vous constatez que vous avez échoué ? 

C’est une bonne question, il faut que j’y réfléchisse ! Plus sérieusement, ce type de situation doit être plus ou moins anticipé, et il faut définir entre associés la notion d’échec en se basant sur des variables. On essaye de le faire mais c’est très difficile.

Est-ce que votre diplôme vous a aidé dans votre création ?

Malheureusement non. Les clients et partenaires d’après moi s’attachent plus au ressenti, aux références, à la qualité des produits…

Comment ne pas avoir peur des concurrents ?

Un entrepreneur ne peut pas vivre dans la peur constante, ce serait contre-productif. Dans notre cas, nous savons que Google et Orange préparent quelque chose. C’est une excellente nouvelle, c’est la preuve que notre idée est pertinente. Approchons-les pour discuter de partenariats possibles. Puis advienne que pourra.

Pourquoi se lancer maintenant, et ne pas aller en entreprise avant ?

Car le timing était bon, l’équipe était là, et l’idée était à priori bonne. Il y a des tas d’autres raisons : le statut étudiant ouvre des portes, permet de faire un prêt, être jeune offre des avantages fiscaux… Par contre généralement vous ne connaissez pas le marché sur lequel vous allez par manque d’expérience !

Pourquoi ne pas protéger votre idée avec un brevet ?

Car en France on ne protège pas une idée, on ne protège qu’une solution technique à un problème existant. Même si on pouvait protéger une idée, le coût serait dissuasif mais surtout une start-up n’aurait pas les moyens d’aller en justice pour la défendre ! Il vaut mieux avancer vite et devenir incontournable.

Comment pouvez-vous aller discuter avec des concurrents ?

Cette démarche était peut-être culottée mais elle s’est révélée payante : nos concurrents (pour ceux rencontrés) sont des gens très agréables, ils nous ont pas mal conseillé sur le volet juridique notamment, des partenariats sont en cours avec certains… Et ils ont le mérite de savoir que l’on existe maintenant.

 

Merci encore à tous les étudiants, en espérant que mon intervention était intéressante !

Papa, Maman, tous les matins je me lève…

… en découvrant une nouvelle start-up qui a levé 10 millions d’euros, qui s’est vendue à 1 milliards de dollars ou qui rassemble l’équivalent de 10 fois le nombre de français en utilisateurs. Et tous les matins je me dis : comment vais-je expliquer à ma famille que ces exceptions ne sont pas la règle, que ce n’est pas la vraie vie ?

Papa, Maman, ce que vous voyez à la TV représente 1% des start-ups. Pour le reste, les 99% restantes, la moitié mourra dans les 6 mois. Un tiers passera la barre des 3 ans et un quart la barre des 5 ans. La voilà la vérité.

Tous les matins, je me lève en me disant que je vais construire quelque chose d’utile pour la société. Quelque chose que des personnes attendent. Quelque chose qui soit à la fois pratique, simple, beau et surtout pas cher. Certains vont même jusqu’à considérer que tout ce que je vais créer devrait être gratuit. C’est normal : Facebook est gratuit; Twitter est gratuit; la musique est gratuite; les films sont gratuits. Tous les matins, je me lève en me demandant comment je vais réussir à créer de la valeur, et que cette valeur soit suffisante pour qu’un utilisateur veuille bien sortir sa carte bleue. Sauf que dans la plupart des cas, sortir sa carte bleue est déjà trop compliqué, alors il faut trouver d’autres systèmes plus simples, plus innovants.

Tous les matins, je me dis que dans une société idéale, je n’aurais pas besoin de me soucier de vendre mon produit. Je créé de la valeur pour la société, je ne devrais pas avoir à me battre pour payer mon repas chaque jour ! Peu importe, je suis fier d’aider la société, alors je me bats pour passer les étapes de création. Je paye un avocat une fortune pour rédiger mes statuts. Je paye un comptable pour m’éviter l’erreur qui me fera atterrir en prison. J’accepte de cotiser pour une protection sociale alors que je ne gagne encore pas un euro.

Je développe un produit innovant, je vais donc fièrement voir l’Etat pour obtenir des aides. Après tout, la France est connue pour soutenir l’innovation, cette solution miracle permettant d’améliorer la compétitivité de notre pays. Et là j’apprends que comme je n’ai pas déposé de brevet, ce que je fais n’est pas innovant. Je ne perds pas espoir et me tourne vers les organismes aidant l’innovation sociale, cette nouvelle forme d’innovation qui donne du sens à l’entreprise, face aux dérives de la finance. Et là j’apprends que comme je ne suis pas une association, et que je compte me verser un salaire raisonnable après des mois de disette, je ne suis pas considéré comme social. Résigné, je décide de me tourner vers les investisseurs privés, ces Angels qui permettent aux jeunes start-up de décoller… Seul hic: il semblerait que je ne les intéresse pas, car je ne projette pas de faire 10 millions de chiffre d’affaires à 5 ans. Le social, ça ne paye pas assez paraît-il.

Tous les matins, je me lève en me disant que même si le parcours s’annonce semé d’embûches, je vais quand même mettre mes tripes dans ce que je fais, car c’est ce que j’aime et ce qui donne du sens à ma vie. Papa, Maman, être entrepreneur, c’est cela : faire de sa passion un métier, tout en sachant que chaque jour il faudra gagner à la sueur de son front le droit de continuer le lendemain…

 

Edit : cet article n’est pas à prendre au pied de la lettre. Je n’ai jamais été aussi heureux que maintenant. J’ai fait de ma passion mon métier, et ma famille me soutient à 100% dans cette voie. Je voulais simplement mettre en avant que notre travail n’est pas si simple, et que les obstacles sont nombreux et méconnus.

Mes 8 prises de conscience sur la création d’entreprise

Mes 8 prises de conscience sur la création d’entreprise

Pendant longtemps j’ai parlé d’entrepreneuriat sur ce blog sans vraiment avoir d’expérience dans le domaine. Voilà maintenant presque 8 mois que je travaille sur ButterflyEffect à temps plein (déjà ?) et j’ai été confronté à pas mal de problématique propres à la création d’entreprise. Même si j’ai encore énormément à apprendre, je peux déjà valider ou contredire des idées reçues que j’avais sur l’entrepreneuriat en général.

 

1. Il faut se faire accompagner. Mais pas trop.

Il me paraît très difficile de s’en sortir seul, et les réseaux d’accompagnement apportent une vraie valeur ajoutée à la création. Les statistiques sont d’ailleurs là pour le montrer, avec des chances de réussir décuplées pour les porteurs de projet accompagnés. Il ne faut cependant pas tomber dans l’excès, et privilégier seulement quelques interlocuteurs. A trop être accompagné, le temps nécessaire devient important et les conseils contradictoires se multiplient, rendant difficile la prise de décision.

 

2. Il faut parler aux clients et utilisateurs. Dès le début.

Lorsque j’entendais parler de porteurs de projet qui voulaient garder leur idée secrète, ne rien révéler à personne, faire signer des accords de confidentialité à tout bout de champ, je ne comprenais pas vraiment cette démarche. Maintenant, je la comprends très bien et je sais que c’est souvent une mauvaise solution. Il faut confronter son idée aux clients, aux partenaires, aux utilisateurs. Il faut être extrêmement talentueux et visionnaire pour avoir du premier coup l’idée qui marchera, sans avoir besoin des avis du marché.

 

3. Tout prend plus de temps que prévu. Beaucoup plus.

Lorsque vous faites vos prévisions, vous ne vous rendez pas compte que vous allez bloquer des heures sur un mini-bug, que les personnes qui ont promis de rappeler ne le font pas, qu’Apple ne va pas valider notre application du premier coup, que les tests prennent 10 fois plus de temps que prévu… Les conséquences au niveau financier : il faut se lancer en ayant au moins 12 à 18 mois de fonds personnels pour tenir avant les premiers salaires qui tardent à arriver.

 

4. Il n’est pas simple de financer une création. Pas du tout.

Beaucoup de personnes vous diront qu’il est très simple de financer une société en amorçage, qu’il y a pleins de Business Angels prêts à investir sur des projets innovants, que l’Etat propose de nombreuses aides aux créateurs, que le Pôle Emploi financera vos débuts. Mais voilà ce que l’on ne vous dit pas : un capital de départ de quelques milliers d’euros ne mènera nul part, le Pôle Emploi ne donne rien aux jeunes diplômés, les Business Angels n’investissent qu’après les banques, et votre projet est peut-être innovant mais ne constitue pas une « innovation technologique » donc vous ferme les portes des principales aides de l’Etat.

 

5. Je suis responsable. De tout.

Il n’est plus question de se cacher derrière son supérieur, les bugs des technologies ou les erreurs de vos collègues. Il n’est plus question de viser un 10/20 pour « juste passer ». Vous êtes responsable de toutes les décisions, de tous les échecs, et il faut viser un 22/20 pour espérer survivre. Et si en plus vous serez PDG comme moi, c’est vous qui irez en prison ou rembourserez les dettes si ça se passe mal !

 

6. Je passe mon temps à prendre des décisions. Et à me planter.

Je n’ai jamais eu besoin de prendre autant de décisions. Il y a les décisions simples : la couleur d’un titre, la formulation d’un email, l’écriture d’un article. Et il y a les décisions majeures liées à la stratégie, aux partenariats, à la communication, aux achats… Cette nécessité permanente de prendre des décisions a eu sur moi un effet radical : je ne supporte plus les personnes passant dix minutes à choisir un plat au restaurant, à décider des vêtements à porter ou à hésiter face à un problème simple. J’essaye d’appliquer dans ma vie quotidienne un processus de décision appliqué au travail : à chaque problème, il faut décider vite ou identifier ce qu’il manque pour décider et reporter la décision si possible.

Concernant l’erreur, j’ai passé avec mes associés les six derniers mois à décider de nos produits et de leurs tarifs. Et toutes les deux semaines, un nouvel acteur apportait une information qui remettait en cause la décision. Il fallait à nouveau prendre une décision. La philosophie maintenant est donc de se décider, tout en sachant qu’il faudra peut-être revoir la décision aux vues de nouveaux éléments.

 

7. Je pense au boulot constamment. Pas de coupure.

Je ne sais pas si c’est le cas de tout le monde mais mon cerveau carbure en permanence et je dois souvent me relever la nuit pour prendre des notes. Pour moi une pause c’est simplement ne pas avoir l’ordinateur devant les yeux, mais certainement pas arrêter de penser au travail. Ce n’est juste pas possible.

 

8. J’oscille entre confiance et doute. Surtout doute.

Un jour vous rencontrez quelqu’un qui vous démontre par A+B que vous allez changer le monde et que vous allez forcément réussir. Et le lendemain, quelqu’un d’autre vous raconte comment il a essayé de faire comme vous et s’est planté. Et comment il est sûr que vous vous planterez aussi. Vous oscillez donc entre sentiment d’invincibilité, et envie de tout arrêter et trouver un travail comme tout le monde. La seule méthode : apprécier les moments où la confiance est là, en profiter pour travailler beaucoup (trop), et ne pas prêter trop attention aux moments de doute.

 

Pour conclure, l’entrepreneuriat c’est pour moi 10 fois plus enrichissant que prévu, mais aussi 10 fois plus difficile… On se retrouve dans 8 mois pour faire à nouveau le point !

J’étais au Salon des Entrepreneurs 2012

siebmanb au Salon des Entrepreneurs
Le 1er et 2 février j’étais à Paris pour le Salon des Entrepreneurs, la grande messe annuelle des entrepreneurs en France. Apparemment c’est le plus grand salon du type en Europe, même si je ne vois pas vraiment l’intérêt de ce titre étant donné que l’entrepreneuriat ça reste très spécifique à un pays, surtout en terme d’administration et de financements !

Le tout était assez bien organisé, avec vraiment beaucoup de stands. Beaucoup ne concernent pas l’entrepreneur « de base » comme les stands liés à une certaine région ou les stands de réseaux de franchises comme Subway 🙂 . Les banques étaient naturellement présentes. Leur prestation se limitait à deux choses : donner des cadeaux et prendre vos coordonnées pour qu’un conseiller vous rappelle. J’espérais avoir des réponses à mes questions mais on m’a répondu « je ne suis pas en mesure de vous répondre ici, un conseiller vous appellera ». Pas très utile tout ça. Et bien sûr, beaucoup de stands avaient le droit à leur lot de potiches en mini-jupe qui distribuent des flyers, avec une mention spéciale à l’ordre des Experts Comptables et ses jeunes filles bien trop maquillées qui arpentaient le salon en mini-short.

Concernant les conférences et ateliers, un programme complet. J’ai personnellement assisté à la conférence sur le Financement (j’y ai appris que ce serait facile de trouver de l’argent pour ma création), la plénière sur le Web (où j’ai découvert que c’était un domaine en pleine expansion) ou la création par les jeunes (c’est une force et non un handicap !). J’ai également eu le droit à une intervention de notre ministre de l’économie, qui a d’ailleurs plus fait le bilan du Président que parlé des entrepreneurs et de l’avenir…

Ce que je retiendrai : l’énergie dégagée par le salon et une ambiance entrepreneuriale, qui motive encore plus à créer sa propre société !